Dépression, confinement, suicide

Les personnes qui ont des pensées morbides, des angoisses, de la culpabilité, de la tristesse, ne sont pas aussi seules qu'elles le pensent. Beaucoup de gens font remonter cette peine et s'en excuse même: c'est égoïste, il faut prendre sur soi, se forcer etc. Mais non, la situation est toxique, elle est injuste, c'est normal que leurs pathologies soient agravées ou que leur psyché soit sensible à cette pression "sanitaire" (on se demande où est la santé dans tout ça). L'impossibilité de voir leurs proches, de les toucher, d'échanger socialement, affectueusement, influence les sentiments. Bien sûr il y a des gens qui se reposent grâce au confinement, qui sont dans une forme de retraite presque spirituelle, de tranquillité. Mais j'ai une pensée pour tous ceux dont la détresse est agravée par l'isolement et la privation des libertés de circulation, d'expression artistique, de contact avec la nature, d'effort physique sain, de tendresse avec leurs proches.

Certains vivent des séparations douloureuses et/ou salutaires. D'avec le conjoint ou le travail. Certains doutent d'avoir encore envie de vivre. 

Que se passe-t-il dans la tête d'une personne qui envisage le suicide? Elle ne voit pas d'avenir. Son problème occupe tout l'espace mental, sa souffrance lui paraît interminable. C'est un instant présent dont on ne voit pas le bout. Une personne qui veut se suicider ne pense pas qu'il y aura un lendemain, que ce qui l'accable passera.

Mais c'est une illusion, humaine, certes, mais une illusion. Il y aura un lendemain ou un surlendemain et vous vous détacherez de cette situation qui vous paraît essentielle aujourd'hui. Vous aurez d'autres désirs, d'autres élans, d'autres sources d'intéret. Il y a un après pour vous, un après positif.

Après la crise sanitaire, pour notre société, honnêtement je ne sais pas si le post-imédiat sera très positif. Et là je crois qu'il faut défendre nos libertés

Mais individuellement, pour chaque être humain que j'ai vu souffrir et qui a eu la persévérance de continuer et la lucidité d'ouvrir son champ des possibles, la vie est toujours revenue apporter du neuf, apporter du bon. Vous avez un avenir, aucune souffrance ne sera à la hauteur de vos peurs. De grandes forces vont sortir de vos épreuves, vous allez être encore plus intelligent, encore plus empathique, plus profond, encore plus vivant. C'est une vieille peau qui tombe. Vous allez découvrir un nouveau vous-même qui va vous impressionner, en bien. Travaillez sur vous, comprenez ce que cela vous dit, au coeur de la tourmente. Et vous allez laisser cette période derrière vous et en sortir grandi. Courage, car il en faut.

Une traversée du désert, ça n'est pas une mauvaise journée. C'est une épreuve: solitude, désespoir, terreur. Et ça dure. Assez pour qu'on n'en voit pas le bout, qu'on y croit à fond. Toute épreuve touche au désir de mort. Sinon, à mon sens, ça n'est pas une épreuve. C'est juste une mauvaise journée. Une épreuve remet en question le sens de la vie. Il y a une notion de validité, de valeur même de la vie. Quelque chose doit mourir en soi pour que l'on puisse renaître. Donc c'est normal. C'est initiatique. L'initié doit mourir à l'ancien soi. Nul besoin de provoquer ce genre de rituel: la vie se charge de nous en imposer. Surtout si on n'a pas été à l'écoute et qu'on s'est entêté dans un mode de vie périmé. Mais qu'importe: c'est humain.

Alors oui, le désir de mort peut venir, il faut écouter ce qui doit mourir en soi. Les illusions qu'il faut abandonner, les vieux schémas obsolètes à laisser tomber. Les gens qui nous quittent, après nous avoir torturé ou rempli notre vie de grâces (ou les deux parfois). Les choses qui ont bien marché mais qui ne fonctionnent plus. Le désir de mort dit quelque chose de sain mais il ne faut pas le prendre au premier degré. Et c'est là que c'est dur car il est réel.

Qu'est-ce qui doit mourir pour que vous retrouviez votre liberté? Car il y a un avenir radieux, réel lui aussi, avec des bons moments, des projets intéressants, des gens à aimer, du plaisir à exister. Et combien serez vous heureux d'avoir gagné ce paradis qui était derrière le voile de l'illusion. La souffrance passera, vous avez un bel avenir qui vous attend. Bien sûr il faut analyser votre situation, changer certaines choses, se faire aider pour cela probablement. Mais ça peut marcher pour vous, le bonheur simple, la paix intérieure, le plaisir de vivre, les moments de joie. Et surtout s'aimer soi-même, vous redécouvrir, apprécier votre valeur. Et vous trouverez dans cet amour de vous-même une grande confiance, une ressource stable et fiable. Courage et au boulot  

 

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